Nous, blancs, occupons ces terres et trop souvent prétendons qu’elles sont nôtres, bien des ”nous” sont à défaire.

Nous, blancs, occupons ces terres et trop souvent prétendons qu’elles sont nôtres, bien des ”nous” sont à défaire.

Que nous nous interpellions comme canadiens ou québécois, c’est toujours comme colons que nous le faisons sans explicitement questionner notre positionnement. Le Québec et le Canada sont des entités coloniales à défaire.

Quand nous nous interpellons comme citoyens, c’est toujours aussi nous parler comme citoyens de l’État sans détruire à la base ce qui fait cette citoyenneté qui joue une place centrale dans les rouages qui perpétuent notre position de colons.

Nous n’avons de cesse de faire comme si nous étions chez nous. Mais ce ”chez nous” n’existe que parce que nous colonisons.

Nous n’avons de cesse de ne pas questionner la dynamique qui fait de nous des occupants.

Les films Québékoisie et l’Empreinte nous montrent comme des descendants de cultures autochtones et par le fait même occultent la place que nous occupons dans l’exploitation et la destruction continues des peuples autochtones et de leurs territoires.

Oublier la dynamique coloniale, c’est toujours reproduire le génocide qui est un mouvement de destruction et d’assimilation des peuples autochtones.

Le reconnaître est un très modeste début. Prendre actes contre le colonialisme n’en peut être que la suite effective.

Même la culture de l’anticapitalisme reproduit l’effacement en attribuant au prolétariat trop souvent blanc la place de l’opprimé.

Le prolétariat pourtant est celui qui fait rouler le développement capitaliste, il en est la force de travail. Sûr, il est opprimé dans cette dynamique. Mais si ces luttes, comme c’est le cas la plupart du temps, ne portent que sur l’amélioration ou la non-détérioration de ces conditions d’existence et ne remet pas en question son existence dans la dynamique du capitalisme, il se fait rouage de l’exploitation coloniale continue.

Sans le prolétariat, ni les usines, ni l’agriculture industrielle, ni les mines, ni les projets pétroliers, ni les barrages, ni les moyens de transport, ni les routes, ni aucune infrastructure du capitalisme… ne peuvent fonctionner. Le prolétariat est nécessaire à la reproduction de l’exploitation. S’il ne fait que perpétuer son rôle, il participe de cette exploitation.

L’exploitation des ”ressources” naturelles et autres est la base matérielle de l’économie coloniale.

L’invasion continue qui occupe les terres, pille les ”ressources”, dissémine et assimile les peuples autochtones, réduit tous/toutes les humainEs au labeur, consume les espèces animales et végétales… est le projet capitaliste continu. Il mène vers l’exploitation, la destruction et l’annihilation du vivant.

Quand les luttes sont maintenues à l’état de contestation partielle, d’intégration aux conditions de (non)vie du capital, de gestion durable de l’exploitation… c’est le génocide et l’écocide qui se perpétuent.

Nos modes de vie de prolétaires et de sous-prolétaires sont intégrés au capitalisme. Nous ne pouvons pas anéantir le projet colonial sans détruire ces conditions. La destruction du capitalisme et du colonialisme nécessite notre destruction en tant que classe du capital.

Il ne nous faut donc pas renforcer nos conditions dans les projets de développement du capitalisme et/ou les rendre plus durables, verts…, mais détruire ces projets de développement.

Il ne faut pas revendiquer ”nos acquis”, de meilleures conditions de travail, plus de démocratie à l’intérieur du système…, mais détruire le système.

Les États sont là pour nous terroriser, nous empêcher de détruire le système, nous y enfermer en dehors comme dans les prisons et les lois vont de pair. C-51 en ce sens n’est que la poursuite du même état totalitaire qui nous réduit à nos conditions sous le couvert de la ”démocratie” comme servitude volontaire ou par la force.

Nous sommes formatéEs à nous penser forcéEs d’obéir aux maîtres et à agir ainsi ou les maîtres nous piétinent, mais nous oublions qu’en continuant de marcher au pas nous en piétinons d’autres.

Comprendre et lutter contre le capitalisme et le colonialisme nous amènent à considérer que l’état de notre existence est lui-même génocidaire-écocidaire. Nous ne pouvons commencer à vraiment y échapper qu’en détruisant l’infrastructure du capitalisme et notre intégration.

Les États sont effrayés par la perspective de luttes radicales anticoloniales. Ces luttes lui échappent et sont basées sur des modes de vies qui bloquent complètement leurs projets comme c’est le cas à Elsipogtog, en territoire Unist’ot’en et partout ailleurs où les peuples occupent leurs territoires, vivent et revivent leurs modes de vie traditionnels et paralysent l’invasion.

Il y a là un conflit fondamental entre la civilisation occidentale et la décolonisation. La civilisation occidentale à travers nos maîtres et à travers nous se livre à une guerre d’invasion perpétuellement. Il nous faut choisir à partir de là dans quel camp nous sommes. À partir de cette compréhension, toute tactique et stratégie de résistance et de lutte devient une question d’efficacité sur le terrain de ce champ de bataille.

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