Le révisionnisme historique québécois en tant que génocide continué par d’autres moyens

 

Au lieu de dire que nous vivons bel et bien sur des terres volées, occupées… autant en tant que Canada qu’en tant que Québec, que notre existence ici repose sur le pillage et l’exploitation, que nous avons participé en français comme en anglais à imposer la civilisation occidentale comme d’autres l’ont fait aussi dans d’autres langues, à une époque où heureusement notre civilisation fait face au renouveau grandissant de la résistance de peuples autochtones, nous créons des récits révisionnistes à travers la propagande cinématographique et médiatique qui tentent de nettoyer nos consciences, d’amenuiser notre différence dominante, oppressive et privilégiée, à tuer la mauvaise conscience de notre passé et présent génocidaire, à effacer la marginalisation que nous avons fait subir aux peuples autochtones, au fait que depuis notre arrivée en tant que civilisation occidentale selon les chiffres qui nous sont accessibles autour de 90% à 95% des populations autochtones ont été anéanties.

 

Nous sommes arrivés et avons commencé à coloniser bien avant la Conquête anglaise, nous avons imposé ce que nous avons nommé la «civilisation française» en Amérique, de la Nouvelle-France à aujourd’hui, c’est tout un Empire français en Amérique selon le langage institutionnel que nous avons imposé ici et que nous avons voulu faire exister depuis notre arrivée, celle de Cartier en 1534 qui planta sa croix et prétendit prendre possession du territoire au nom du Roy de France et clairement en celui aussi du clergé catholique comme de la fondation par Champlain de Québec en 1608 et ainsi de suite. Nous avons voulu fondé un Empire français en Amérique et pas participer à un métissage et au renouveau d’«autochtonies», comme pourrait le prétendre certainEs aujourd’hui dans cette nouvelle vague de révisionnisme historique. Cet Empire français s’est étendu jusqu’au Mexique jusqu’à temps que la France signe sa capitulation dans sa défaite contre l’Empire britannique. Un autre Empire a repris le contrôle du territoire (territoire qui se singularise par ses frontières en Canada, États-Unis, en provinces, en États…) faisant vivre un grand drame à l’hégémonie française que nous, en tant que colons français, pleurons encore des centaines d’années plus tard et que nous rêvons depuis déjà longtemps de regagner sous la forme d’un Québec indépendant qui lui-même serait hégémonique dans un autre territoire singularisé par ses frontières en «Québec». Le Québec lui-même dans sa volonté hégémonique française en compétition avec l’hégémonie anglaise a voulu et a pris depuis encore plus longtemps de l’expansion en colonisant le Nord, que soit le Nord plus au sud des Laurentides comme du Saguenay et du Lac Saint-Jean par exemple que celui plus au nord qui a été qualifié de Côte-Nord, de Nouveau Québec… le Plan Nord peu importe sous quel nom il se présente n’est que la continuité de ce projet continu de colonisation dont le Québec est très largement maître, Hydro-Québec n’est qu’un des principaux «fleurons» de la colonisation franco-québécoise. L’expansion du Québec comme celle du Canada du sud au nord et de l’est à l’ouest fut une histoire de massacres et de dissémination des communautés autochtones de différentes nations, de pillage et de destruction des territoires, de génocide et d’écocide…

Nous avons imposé ici au Québec dans notre propre volonté d’hégémonie le catholicisme et le français forcés, ce qui accultura bien des nations autochtones, acculturation menant à l’extinction, à la destruction des identités, dans le même mouvement à l’auto-destruction, à la haine de soi des coloniséEs qui est un effet pratiquement universel de la colonisation… les écoles résidentielles furent parties prenantes de ce génocide continu, leur extension très malheureusement conséquente, les viols, meurtres et autres violences que la marque d’une violence systémique et implacable qui vise les corps comme les esprits.

Que des films, des entrevues, de la propagande sous différentes formes… viennent nous dire aujourd’hui que nous avons cherché à nous métisser, à réaliser centralement des alliances… et que c’est ce qui marqua principalement les relations entre Français et autochtones ne peut se voir que comme du révisionnisme historique, qu’un autre nettoyage à blanc de notre histoire qui participe de cette colonisation, qui prend acte dans la poursuite de l’effacement des nations autochtones, à l’occultation de la relation de dominants/dominéEs, d’exploiteurs/exploitéEs, de génocidaires/génocidéEs sur laquelle l’histoire de notre invasion est fondée… qui dans une période de renaissance et d’élargissement des résistances autochtones contre la civilisation occidentale s’inscrit comme un acte de ce génocide perpétué.

Les autochtones ne seraient plus les proies des prédateurs que nous sommes, car nous en serions tous et toutes. Mais quelle technique de prédateurs que celle de s’habiller en proies pour mieux pouvoir continuer à attaquer ! C’est à quelque part un vieil art de guerre qui s’appelle le camouflage.

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